Journal 9 – Partir

-Des relations interpersonnelles instables et intenses caractérisées par une alternance entre les extrêmes de l’idéalisation et de la dévalorisation.

J’ai présentement juste le goût de « crisser » mon camp. Il est là à jouer à son jeu, il y a un bon bout qu’il a dit ne finir qu’une quête, sans compter que j’ai demandé de jouer ensemble il y a comme 2 heures.

Je me suis occupée de son fils toute la soirée… lui bien… il s’est pas au moins occupé que j’approche d’avoir internet tant qu’à me mettre en plan.

Je peux pas m’en aller chez nous, parce que c’est rendu mon chez nous. Je suis même pas encore confortable de dire ça de même. Ça fait quelques temps que je n’ai plus de « safe space », ça c’est clair.

Et évidemment, le timing fait bien les choses, je n’ai plus de batteries de rechange parce que j’ai un nouveau cellulaire. Mon ordinateur a besoin de passer sur la garantie depuis 6 mois. Mais j’ai pas les moyens de payer l’envoi.

Je vais aller faire quoi dehors de toute façon…

Je suis allée. Je suis allée faire quoi?

Je suis allée tomber en panne. Donc je suis revenue à pied. J’ai sorti le vieux cellulaire qui marche à peine. Juste pour chanter sur de la musique et ne pas être confrontée au vide.

-Sentiments chroniques de vide.

Parce que c’était ça le pincement intérieur. La boule que je voulais vomir. Le bordel de vide. Je cours pour le remplir.

-Perturbation de l’identité : instabilité marquée et persistante de l’image de soi ou de la notion de soi.

Je suis quoi au fond? Bonne question. Je fais quoi? Bon ça, j’en finirai plus d’énumérer.

Je fais.

Et là ce soir, j’avais rien à faire.

Le vide.

Tiens, c’est ça mon « safe place ». C’est ma voiture.

C’est ma sécurité. Ma possibilité de quitter tout inconfort facilement. D’aller mettre la musique dans le tapis. MA musique. De rouler aussi loin que j’ai de l’essence.

En plus, conduire c’est faire. Donc, je m’assure une occupation du même coup.

C’était ça le problème au fond ce soir.

C’est qu’avoir su j’aurais juste quitté, faire quelque chose. Trouver quelqu’un d’autre avec qui m’occuper.

Ne pas penser au vide.

Le vide.

L’état dans lequel je me sens face aux gens quand je veux… en gros, agir normalement.

Les boîtes dans ma tête ont été archivées de façon bien trop grossière. J’ai oublié de sortir les anecdotes normales en cachant la boîte du mois de ma première tentative. Un grand flou de souvenir.

Je vais leur raconter quoi aux gens normaux. Les gens veulent pas entendre comment j’écris les cicatrices sur ma peau…

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Je me hais, je mérite du mal

Comportement, gestes ou menaces suicidaires ou d’automutilation récurrents.

Il y a plein de raison de se mutiler. La plupart des gens pensent que c’est pour l’attention, pour faire pitié. Pour ma part, c’était bien le contraire. J’ai porté des bracelets de cuir dans des chaleurs étouffantes même si ma sueur pénétrait mes cicatrices et que c’était douloureux. J’allais le cacher à n’importe quel prix. Mais je n’allais pas arrêter non plus.

Au début, je me coupais. À un moment, je me suis mise à me brûler, et à « entretenir » la plaie à la lame de rasoir.

Une amie a fini par le savoir. Elle en a informé mes parents, qui se sont mis à me surveiller.. Qui ne pouvait pas imaginer, ni comprendre, pourquoi je le faisais.

Je me suis donc mise à me couper à des endroits moins visibles. L’hiver, je le fais sur mes cuisses. L’été, étant donné que les maillots de bain cache peu, j’avais pris l’habitude de me couper le pubis. On vérifiait mes poignets et je passais sous le radar.

Il y a trois raisons qui me poussent à me couper, chacune d’elle découle de l’autre. Chacune d’elle a été apprise par l’expérience de la précédente. Un apprentissage pervers et efficace.

La première, c’est qu’en ayant une douleur physique sur laquelle me concentrée, j’essaie, au moins temporairement, de moins sentir celle qui me prend dans l’entièreté de mon intérieur… Celle qui fait mal depuis trop longtemps, celle à laquelle je n’ai plus de résistance.

Malheureusement, j’ai appris avec le temps que ça me ramène. Ramène à la réalité, au palpable. Ce qui fait qu’en dépersonnalisation, si j’ai un éclair de conscience qui veut revenir, je sais quoi faire.

C’est loin d’être sain et j’en suis consciente. Mais je pense qu’il est difficile, à part si on l’a vécu déjà, d’imaginer la dépersonnalisation.

Journal 7 (Correction)

L’étrangeté du bonheur me déstabilise.

Je connais pas ça. Je ne me connais pas comme ça.

Je ne sais pas sur quel pied danser… comment être.

Et j’ai quand même un peu peur du nuage gris.

Je ne sais pas comment gérer tout ça encore. Beaucoup d’apprentissage de fait, mais aussi beaucoup à venir.

Je suis sortie du refuge. Je prends une chance chez Jo. Vous me diriez que la dernière fois que j’ai fait ça, ça s’est mal passé.

En effet.

Je pense quand même qu’il y a des différences.

Bon, vous me diriez aussi que j’ai dit ça la dernière fois. Mais j’ai quand même été bien accompagnée dans ce cheminement là. Par non seulement ma psychologue, mais aussi une intervenante du refuge.

C’est peut-être pas lui le bon. C’est peut-être pas avec lui que je vais rire toute ridée.

Mais là je ris. Là, je souris.. Pour rien. Pour tout.

Et je pleure un peu encore des fois.

Mais ça fait partie de la complexité de ce bonheur que je comprends pas tout à fait encore. Qui ne m’est pas du tout familier.

Et ça fait profondément du bien.

Journal 8 -Rupture fonctionnelle

Je suis fière de moi.

Avant,  une rupture aurait été un moment très difficile, voir insoutenable.

-efforts effrénés pour éviter un abandon réel ou imaginé ;

Je suis passée à travers de façon fonctionnelle. Ça fait un gros changement.  Normalement la solitude me mange de l’intérieur et le vide m’empêche d’être seule.

Normalement j’aurais pris des actions drastiques pour tenter qu’il me reprenne ou me garde. Le symptôme n’est pas totalement parti. En effet, durant l’annonce de la rupture, j’ai voulu le convaincre de rester. Je pensais l’aimer encore. Je ne voulais pas perdre non plus la personne qui m’avait accompagnée durant une des période les plus difficile de ma vie; et j’avais l’impression que c’était l’épreuve qui nous avait séparée et pas nous. Alors j’ai pleuré et j’ai supplié. Mais 40 fois moins fort qu’avant.

La première réalisation du bien être que je ressens aujourd’hui, c’est mon retour à l’appartement pour prendre mes choses. Seulement 2 semaines de différences et les mouches avaient pris  le dessus sur le petit espace. De la bière partout; à chaque fois qu’on accrochait un meuble, les faisant trembler, elles sortaient de leur cachette en nuages. Le dégoût occasionné aide beaucoup à se détacher et surtout à voir le bien de la rupture. Je me rendais compte avec cela, mais aussi avec la perte du poids du ménage sur mes épaules (le constant effort pour au moins voir le plancher), que ça faisait vraiment du bien.

Mais être borderline, c’est aussi avoir peur de l’inconnu,  de l’instabilité. C’était donc quand même  difficile. Pas parce que je m’ennuyais de la situation, mais parce que j’étais en terrain inconnu, et que ça,  ça me déstabilisait.

Il n’est pas une mauvaise personne, je l’ai aimé énormément. C’est à cause de lui aussi si je suis là aujourd’hui. Il m’a accompagnée, il a appelé les services de secours quand j’en ai eu besoin, et il a affronté beaucoup d’épreuves avec moi. Il a géré des crises à n’en plus finir. Par contre il a 3 grands defauts; qui auraient pu être moins lourds sur une relation sans trouble.  J’en parlerai dans un autre billet, car je dois revenir sur l’année sans écrits.

Donc, je me suis quand même assez facilement remise sur pieds. J’ai la chance d’avoir de très bons amis qui m’ont aidé à quitter le logement et avoir un toit sur la tête. En effet, j’ai besoin, même s’il m’avait offert de rester le temps de me placer, de quitter rapidement. Je me connais, et je connais la maladie. Si je reste, je me tourne le couteau dans la plaie.

Je suis à presque 1 an sans mutilation, je ne vais pas me garder en position de vulnérabilité.

Je suis donc partie rapidement,  je donnais l’adresse d’une amie comme adresse postale. J’habitais chez un autre.

J’étais épuisée.  J’avais la peine de la rupture, la fatigue de l’organisation.

Ça a amené la présence d’un autre « moi ».

 Dans un précédent chapitre, jai parlé de 3 différents moi: la “moi” qui vais bien, la “moi” fonctionnelle et la “moi” dysfonctionnelle.

Cet autre moi, c’est un mélange entre la moi qui vais bien et la moi dysfonctionnelle. Mon humeur est haute la majorité du temps,  mais je fais plein de gaffes. Je ne suis pas concentrée, mon attention est quasi inexistante. Ce qui a mené à mon accident de voiture.

C’est à l’annonce de l’incapacité à la réparer que j’ai explosé. Toute la peine que j’avais eu et la fatigue sont finalement tombés sur moi. Toute la force que j’avais déployée,  j’en voyais la fin. J’étais vidée.

J’ai appelé mes parents.  Mes merveilleux parents.  Ils sont ma force à distance. C’est pour eux que je ne suis pas passée à l’acte à plusieurs reprises. Et c’est eux qui m’aident à me relever à chaque fois.
 
Je me suis relevée.

 je me suis trouvée une chambre avec une collègue d’école fraîchement séparée aussi. On se soutient et on s’entend bien, ça m’aide.

J’ai recommencé les applications de rencontre. J’ai eu quelques interactions, ça faisait du bien. Et là je vois quelqu’un régulièrement. Ça fait du bien. Il me fait du bien.  Je ne pense plus à l’autre, même en nostalgie.

Je suis bien.

Tout blanc, tout noir… tout noir, tout blanc

Le borderline c’est être remplie de vide. Être passionnée d’être enragée. Et être enragée d’être passionnée. C’est d’hair de t’aimer autant. C’est avoir peur de le perdre mais le vouloir pour arrêter d’avoir peur. C’est aimer l’hair. C’est vouloir qu’il reste et qu’il parte. C’est de tout détruire pour qu’il le fasse et le supplier après de rester. C’est de vouloir qu’il m’aime,  parce que moi j’y arrive pas, m’aimer.  C’est de me faire mal parce que je pense que je le mérite et c’est de penser que je le mérite parce que je me fais mal.

C’est d’avoir peur qu’il parte parce moi j’aurais envie de partir… Il me demande pourquoi je veux partir pour toujours. Pour la même raison qu’il veut aussi partir pour toujours.

Puis un jour, quand je reprend le contrôle….

Le borderline c’est que ça me fait mal quand les autres n’auraient pas aussi mal. Mais  c’est aussi d’être empathique et de pas le faire aux autres parce que je sais c’est quoi. C’est d’apprendre à profiter qu’il soit encore là,  mais de savoir qu’il est trop tard.
J’ai repris le contrôle. Il ne sera plus là mais il m’as permis d’être prête pour le prochain. Que ce dernier ne vive pas ce que l’autre  a vécu, que je ne vive pas ce que j’ai vécu.

Je n’ai pas vaincu.  Je me suis trouvée sous la maladie. Je n’ai pas vaincu, ce sera toujours là… c’est simplement devenu constructif. Ça me grandit, ça revient dans les moments vulnérables… mais j’en ai le contrôle.

Le vide peut revenir, les périodes vulnérables peuvent le faire remonter… il faut juste se remettre sur pieds.

Il faut juste espérer et se battre. On ne se bat pas contre la maladie ou contre soi. On se bat POUR soi.

Journal 6

J’ai dû arrêté d’écrire la dernière fois. Trop de méchant en même temps.

mode de relations interpersonnelles instables et intenses caractérisées par l’alternance entre les positions extrêmes d’idéalisation excessive et de dévalorisation ;

On m’a demandé à quelques reprises si je serais retournée avec lui, en avoir eu l’occasion. Je sais que j’ai affiché de grands symptômes de dépendance. Le concept malsain de ma régularisation de mes émotions se situe dans le fait que je passe justement de l’idéalisation d’une personne à une haine profonde. Aucun milieu. Une impossibilité de travailler dans les nuances de gris… ou de couleurs. J’aime les gens aussi profondément que je peux les haïr quand il y aura trahison. Aussi, trahir mes amis sera aussi tragique, voir plus, que me trahir moi. J’aime croire que je suis plus forte que les autres. Je n’ai pas besoin de protection moi. J’en ai vu. J’en ai traverser… Et je suis encore là…

Quoi qu’il en soit, je l’ai hais profondément, comme personne n’a pu se faire haïr. Si j’ai pu penser que je préférais mourir que ne plus être avec lui, aujourd’hui je préférerais mourir qu’être une autre seconde dans sa main. J’appréhende la possibilité de devoir témoigner en cour. J’appréhende le fait de le voir un jour sur le même chemin. Encore pire, il pourrait habiter le même quartier. Surtout qu’il n’a plus de conditions à respecter… du moins jusqu’à ce qu’il passe en cour.

J’espère qu’il sera encore égoïste et manipulateur. S’il y a assez de preuves, et que l’avocat lui conseille de plaider coupable pour une plus petite peine, je n’aurai pas à témoigner. Ça sera derrière moi, la société s’occupera de la suite.

Même si en dedans, tout ce que je souhaite c’est de le ridiculiser dans le seul « talent » par lequel il se définit. Surtout qu’il faisait tout pour m’enlever la motivation à aussi faire ce métier. J’aimerais lui lancer au visage comment j’ai pu me relever de lui. Faire mieux que lui.

Parce que je suis une battante. Parce que je me sens plus vivante que j’ai jamais pu l’être. Plus près du bonheur qu’il ne pourra jamais l’être à détruire systématiquement tout ce qu’il touche.

J’ai gagné contre lui.

Il me reste seulement à gagner contre moi-même. Et j’avance.

Je ne prends plus d’énergie à l’haïr. Je garde ça pour moi. Personne d’autre ne le mérite.

Journal 5

Je n’ai pas écrit depuis longtemps. Il faut quand même avouer que j’avais beaucoup à lire et à écrire avec l’université. Mais c’est fini. J’ai dû abandonner à cause de lui. Il m’a tellement vidée. Il a tout pris jusqu’à se trouver une autre fille pour faire son parasite. Oui, tout le monde avait vu son manège. Je l’avais vu aussi, mais je ne l’acceptais pas.

Il m’a tenu entre 2 personnages de lui-même. Un que j’adorais. Plein de potentiel. Celui que j’étais prête à aider. L’autre personne était profondément méchante et faisait exprès de me rendre folle… d’utiliser mon trouble… me discréditer envers moi-même et envers les autres. J’en était venue à me croire folle. En plus, j’en ai le diagnostic.

Un jour il me disait que la seule chose qui faisait qu’il restait était qu’il n’avait pas encore trouvé un autre endroit. Quelques minutes après, il disait que c’est mêmes paroles étaient seulement dite par frustration. La vérité était bel et bien là.

Il rentrait plusieurs heures après la fermeture des bars, voir pas du tout. Il devenait agressif si je demandais candidement ce qu’il faisait de ses journées.

J’étais une accompagnatrice de ses temps perdus. Pourtant, c’était moi la mauvaise blonde. Je ne l’aidais pas assez. Parce que non, évidemment, se rendre pratiquement à la faillite pour supporter le fait qu’il ne travaille jamais ce n’est pas encore assez. Parce que bon, il a travaillé 4 mois sur 14. Le reste du temps, il faisait du tatouage rarement, dont le revenu servait presque exclusivement à sa consommation de bière, de cigarette, et de drogue.

Puis, j’ai découvert qu’il me volait.

Pendant ce tout ce temps-là, il se frustrait de ma complète instabilité mentale.